Les ressources en eau douce de la planète sont loin d’être partagées équitablement.
Neuf pays en détiennent à eux seuls environ 60 %. Sous la pression du dérèglement climatique et de besoins toujours plus importants, cette répartition inégale fait de l’eau un enjeu stratégique de premier ordre, à la fois économique, humain et politique.
Une « planète bleue » où l’eau utilisable reste rare
Vue depuis l’espace, la Terre semble regorger d’eau. Cette impression ne résiste pourtant pas à l’examen de nos besoins réels : la très grande majorité de l’eau terrestre est salée ou immobilisée dans les glaces.
D’après l’Organisation météorologique mondiale (OMM), l’eau douce ne représente que 2,8 % du volume total, contre 97,2 % pour l’eau salée. Et sur l’ensemble de l’eau présente sur Terre, seulement 0,5 % correspond à une eau douce à la fois disponible et exploitable. Une fraction minime, et de surcroît très inégalement distribuée.
Neuf pays, 60 % des ressources en eau douce renouvelables
En 2003, une vaste étude de référence conduite par la FAO, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, a mis en évidence la forte concentration géographique des ressources en eau douce. Selon ses estimations, neuf États réunissaient à eux seuls 60 % des ressources naturelles internes de la planète : le Brésil, la Russie, le Canada, les États-Unis, la Chine, la Colombie, l’Indonésie, le Pérou et l’Inde.
Ce que recouvre vraiment ce chiffre de 60 %
Souvent repris, ce pourcentage mérite d’être bien compris pour éviter les contresens.
- Un flux annuel, pas un stock
- La FAO raisonne en ressources naturelles internes renouvelables, c’est-à-dire le volume d’eau qui se forme chaque année sur le territoire d’un pays grâce aux précipitations, aux cours d’eau et à la réalimentation des nappes souterraines.
- Pas un réservoir sous contrôle
- Le chiffre ne désigne ni 60 % de toute l’eau douce physiquement présente sur Terre, ni une réserve que ces neuf gouvernements pourraient ouvrir ou fermer à leur guise.
- Un ordre de grandeur, pas une mesure actuelle
- Issu de données de 2003, il reste très utile pour saisir la concentration de la ressource, mais ne permet pas de décrire avec précision la situation de 2026.
Un déséquilibre entre population et eau disponible
Le décalage entre le nombre d’habitants et l’eau disponible est particulièrement marqué en Asie. Le continent rassemble près de 60 % de la population mondiale, mais ne dispose que d’environ 30 % des ressources en eau douce.
Détenir d’importantes réserves ne suffit d’ailleurs plus à garantir la sécurité hydrique. Aujourd’hui, la moitié de l’humanité subit un stress hydrique élevé pendant au moins un mois chaque année. Trois facteurs se combinent : les effets du changement climatique, l’intensité des prélèvements et le poids des usages agricoles.
Des fleuves qui ignorent les frontières
Une large part de l’eau douce ne s’arrête pas aux limites administratives : elle circule d’un pays à l’autre, que ce soit en surface ou dans le sous-sol. Cette réalité crée une forte interdépendance entre États, car la gestion d’une ressource partagée concerne tous les territoires qu’elle traverse.
Fleuves, barrages et nappes phréatiques deviennent ainsi des sujets géopolitiques majeurs. L’eau peut servir de levier de pouvoir, mais elle peut tout autant constituer un terrain de coopération entre pays voisins.
L’eau invisible de notre consommation quotidienne
Cette question ne concerne pas uniquement les grandes puissances hydriques. En France, chaque habitant consomme en moyenne 150 litres d’eau potable par jour. Mais lorsqu’on intègre l’eau dite indirecte, celle qu’il a fallu mobiliser pour cultiver nos aliments ou fabriquer nos vêtements et nos objets, ce volume atteint environ 5 480 litres quotidiens.
Un écart considérable, qui rappelle que la préservation de l’eau se joue aussi dans nos choix de consommation de tous les jours.
Ce qu’il faut retenir
- Une ressource rare
- Seulement 0,5 % de l’eau terrestre est une eau douce réellement disponible et utilisable.
- Une forte concentration
- Brésil, Russie, Canada, États-Unis, Chine, Colombie, Indonésie, Pérou et Inde détiennent environ 60 % des ressources en eau douce renouvelables.
- Une pression croissante
- La moitié de la population mondiale connaît un stress hydrique élevé au moins un mois par an.
- Un enjeu partagé
- Le caractère transfrontalier de nombreux cours d’eau et nappes renforce l’interdépendance entre les États.