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Déssalement par la houle

Système innovant utilisant la houle pour produire de l’eau douce et de l’électricité à La Réunion.

l’innovation réunionnaise qui veut produire eau douce et électricité

Et si les vagues devenaient une source d’eau potable ? C’est le pari du dessalement par la houle. Cette technologie brevetée est née à La Réunion. Elle exploite la force des vagues pour alimenter des membranes d’osmose inverse. En outre, elle produit de l’électricité. Le brevet date de mars 2026. Désormais, le projet aborde sa phase de pré-industrialisation et cherche des partenaires.

Une réponse locale au manque d’eau

Le manque d’eau douce touche de plus en plus de territoires. Les îles restent les plus exposées. En effet, elles cumulent des ressources limitées et une forte dépendance énergétique. C’est dans ce contexte que trois inventeurs réunionnais ont travaillé. Pierre Bignon dirige cette équipe. Tous misent sur une ressource locale, gratuite et permanente : la houle.

Ils ont déposé leur brevet auprès de l’Institut national de la propriété industrielle (INPI). Leur système produit à la fois de l’eau potable et du courant. Mais la différence avec les autres dispositifs houlomoteurs tient surtout à la finalité. D’ordinaire, ces installations convertissent d’abord le mouvement des vagues en électricité. Ici, au contraire, le procédé crée directement une haute pression hydraulique. Or l’osmose inverse réclame exactement cette pression.

Le coup de bélier au service du dessalement

Le concept repose sur un phénomène connu des hydrauliciens : le coup de bélier. Quand un robinet se ferme d’un coup, une onde de pression parcourt la canalisation. Celle-ci peut alors atteindre plusieurs centaines de bars. Les ingénieurs le décrivent depuis le XVIIIe siècle. Ici, toutefois, les inventeurs le provoquent volontairement, à l’échelle d’un ouvrage maritime.

Concrètement, une conduite immergée s’adosse à une digue, un quai ou une falaise. D’abord, la vague s’y engouffre et accélère. Ensuite, un dispositif breveté la freine brutalement. Cette décélération comprime alors la colonne d’eau. Elle fournit ainsi la pression nécessaire pour traverser les membranes.

Aucune pièce mobile
Le freinage reste purement hydraulique. Le dispositif principal ne comporte donc aucun mécanisme en mouvement. L’usure diminue d’autant. Or c’est justement le point faible des machines houlomotrices exposées à la mer.
Plus de pompe haute pression
Dans une usine classique, la pompe haute pression consomme le plus d’énergie. Ici, en revanche, la houle assure elle-même cette fonction, selon les concepteurs.
Des matériaux adaptés à la mer
La structure associe un conduit en béton précontraint et un revêtement en acier super duplex. Cet acier résiste bien au sel. Les porteurs visent ainsi une durée de vie supérieure à trente ans.

20 000 m³ d’eau douce et 2 MW par unité

Les ambitions se situent d’emblée à l’échelle industrielle. Une unité pourrait produire près de 20 000 mètres cubes d’eau douce par jour. Son emprise au sol resterait pourtant inférieure à 200 m². Le dimensionnement a d’ailleurs évolué. À l’origine, les concepteurs prévoyaient une conduite unique de 3,5 mètres de diamètre. Désormais, ils préfèrent trois conduites de deux mètres. Les performances restent identiques. En revanche, la fabrication, le transport et le montage deviennent plus simples.

La production ne s’arrête pas à l’eau potable. En sortie de membranes, la saumure garde une forte pression. Cette énergie peut donc entraîner une turbine Pelton. Chaque unité générerait ainsi environ 2 MW. De quoi alimenter les équipements du site et des usages locaux. Cette électricité pourrait aussi produire de l’hydrogène vert par électrolyse. Cette piste intéresse particulièrement les inventeurs. En effet, l’hydrogène exige à la fois de l’eau douce et du courant.

Une solution pensée pour les îles

Le projet est né à La Réunion. Cependant, il vise toutes les régions en manque d’eau douce. Ces territoires importent souvent leur énergie. Le dispositif s’installerait sur des digues portuaires, des quais ou des parois rocheuses. Une condition s’impose toutefois : une houle assez régulière.

L’île reste néanmoins le terrain d’essai privilégié. Sa houle se montre en effet plutôt constante. Les calculs retiennent une vitesse moyenne des vagues d’environ six mètres par seconde. Le principe rappelle d’ailleurs un phénomène bien connu : le souffleur de Saint-Leu. Là-bas, la pression des vagues projette l’eau à travers la roche.

Au-delà du dessalement : produire du froid

La haute pression pourrait aussi servir autrement. Associée à un fluide frigorigène, elle produirait du froid industriel. Plusieurs usages apparaissent déjà.

Port et pêche
Le froid alimenterait les installations portuaires. Il servirait également à fabriquer de la glace pour conserver le poisson.
Bâtiments sensibles
Il contribuerait aussi à refroidir des hôpitaux, des écoles ou des bâtiments administratifs. Or la climatisation pèse lourd sur le réseau électrique des îles.

Prochaine étape : la preuve par l’essai

Le calendrier reste celui d’un projet en phase amont. Le brevet date de mars 2026. Ensuite viendront des essais sur maquette, dans un canal à houle. La Bretagne accueillerait notamment ces tests. Puis un démonstrateur à échelle réelle pourrait s’installer sur le littoral réunionnais.

Pour y parvenir, les porteurs cherchent des partenaires industriels et des investisseurs. Leur objectif reste clair : prouver le concept avant toute installation pilote. À ce stade, donc, les chiffres annoncés relèvent encore du calcul. Ils demandent maintenant une confirmation en conditions réelles.

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